Rhétorique*

 

Le premier handicap du pédagogue, lorsqu’il s’adresse à un parterre de personnes sensées recevoir son enseignement est sans nul doute l’indifférence, fille du désintéressement, exprimée généralement de forme silencieuse par son auditoire.

Le deuxième est intrinsèque à l’esprit qui anime la mission du pédagogue, la fatuité.

Le titre de « Professeur » ou de « Maître » attribué au pédagogue, ne lui confère en aucune façon l’autorité nécessaire à l’accomplissement de sa mission et « fréquemment l’orgueil intellectuel et l’arrogance posent une lacune entre le professeur et l’élève de telle façon qu’ils deviennent deux mondes opposés »* (note 1)

L’éducateur doit envisager le fait que l’élève ne soit pas disposé à accepter la théorie délivrée sans argumentation, celui-ci entend user de sa liberté de jugement pour analyser et décortiquer ce que le pédagogue lui affirme, même s’il s’agit de thèmes établis et généralement acceptés comme source autorisée.

Pour Pelerman* (note 2) l’art de convaincre s’adresse à l’homme « raisonnant » et l’argumentation est une forme de raisonner « différente de la démonstration », encore faudrait-il connaître les modes de raisonnement de son auditoire, il pose la question : « y a-t-il une méthode rationnellement acceptable pour choisir le bien, le juste, etc. ?»

Or, qu’est ce que la rhétorique ?

Selon Meyer (note 3) « la rhétorique peut être définie comme une logique de l’identité et de la différence parce qu’elle cherche des raisons qui persuadent les hommes et parce qu’elle permet qu’ils négocient leurs divergences »

Pour Aristote, il y a un lien indissoluble, dans les principes de l’inférence (note 4), entre les passions de l’homme (aspects émotionnels) et le style avec lequel une proposition est faite à un auditoire, ainsi, se rapportant aux raisonnements, le syllogisme, faute de vérité scientifique, propose une déduction, l’inférence rhétorique quant à elle est un syllogisme se basant sur une succession de démonstration s’appuyant sur la logique basée sur des indices et une certaine vraisemblance.

Pour revenir donc à notre auditoire, comment maintenir une constante attention à la proposition soutenue, sans considérer que celui-ci est doué de raison et d’émotion ?

Dans quelles proportions allons-nous distribuer tour à tour, logique et émotion ?

Trois éléments semblent indissociables :

    • Le style
  • Le rythme
  • La voix

Nous cherchons constamment à convaincre « l’autre » du bien fondé de ce que nous croyons ou de ce que nous pensons, en d’autres termes, à argumenter.

 

Mais comment ne pas considérer que « l’autre » est fondamentalement différent, que c’est sa différence qui crée et alimente le débat et que finalement, si nous n’en tenions pas compte nous ne ferions que nous adresser à un autre nous-mêmes, dans un miroir ?

 

Jean Escalant

 

*Cet article est inspiré des travaux de Mr Renato José De Oliveira de l’Université Fédérale de Rio de Janeiro au Brésil

 

Note 1 : Fumaroli (1999) Histoire de la rhétorique dans l’Europe moderne aux Presses Universitaires de France – Paris

Note 2 : Pelerman (1998) L’empire rhétorique - J. VRIN – Paris

Note 3 : Meyer (1991) Introduction de « Aristote, rhétorique » Librairie Générale française – Paris

Note 4 : Pelerman (1998) L’empire rhétorique - J. VRIN – Paris

 

 

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